À 23 ans, Yves Mahé avait déjà échappé aux Nazis, à présent il s’envolait sans hésitation pour sauver une ville anglaise.

  

C’était le 29 avril 1942, Yves Mahé n’avait que 23 ans et avait déjà vécu plus d’expériences que la plupart des gens. En tant que pilote de l’Armée de l’air, dans un pays alors envahi par les Forces de l’Axe en mai et juin 1940, il risqua la peine capitale pour s’échapper et poursuivre le combat en Angleterre. Mais en cette nuit d’avril dans le ciel au-dessus de la ville historique de York, il allait vivre l’une des expériences les plus éprouvantes de sa vie.

 

Né à Nantes (Loire-Atlantique) le 21 novembre 1919, Yves obtint sa qualification de pilote civil puis rejoignit l’Armée de l’air française à Istres lorsque la guerre éclata en 1939. La Bataille de France débuta en mai 1940, et les Français et leurs alliés britanniques se battirent pour chaque centimètre au sol et dans les airs. En un mois, la RAF et l’Armée de l’air française avaient perdu plus de 1800 avions alors que les Allemands continuaient d’avancer.

 

Suite à l’évacuation de Dunkerque, l’Armée de l’air française se replia sur ses bases en Afrique du Nord pour se regrouper. La France avait subi plus de 300 000 victimes en seulement 5 semaines, et le 12 juin un armistice fut déclaré par le nouveau gouvernement français basé à Vichy, sous la direction du Maréchal Pétain.

 

 

 Yves Mahé

 

Pendant ce temps, en Algérie, de nombreux aviateurs français voulaient continuer à se battre, mais désormais l’accord d’armistice avec les Nazis signifiait que le faire était une trahison, passible de mort. Malgré cela, de nombreux aviateurs essayèrent de s’échapper pour rejoindre la Grande-Bretagne. 

 

Dans la nuit du 1er et du 2 juillet, après plusieurs tentatives, Yves Mahé et quelques autres volèrent un avion et survolèrent la Méditerranée jusqu’à Gibraltar, où le 7 juillet ils embarquaient pour l’Angleterre.

 

En Grande-Bretagne, Yves rejoignit les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle et le petit groupe de pilotes français qui avaient réussi à s’échapper de la France occupée.

 

 

P / O Yves Mahé (à l’extrême droite) en Angleterre – 1941

  

Curieusement, le frère d’Yves, également pilote, s’était échappé exactement au même moment, mais par un itinéraire différent, se faisant passer pour un officier polonais. Les deux frères se rencontrèrent par hasard lors de leur premier jour en Angleterre, alors qu’ils faisaient du tourisme à Londres !

 

Yves Mahé avec d’autres aviateurs français en reconversion aux types d’avions et procédures de la RAF.

 

 

Désormais en Grande-Bretagne, ils furent admis au Royal Air Force Fighter Command où Yves se reforma sur les avions de combat Hawker Hurricane. En 1941, il fut affecté au 253 (Hyderabad) Squadron, basé dans les îles Orcades dans l’extrême nord du Royaume-Uni, et fin 1941 son escadron fut déplacé dans le Lincolnshire d’où ils effectuèrent des missions de protection de convois dans les régions côtières de la Mer du Nord et de la Manche.

 

  Chasseurs Hawker Hurricane

  

 Les Raids Baedeker

 

 Suite à la chute de la France et à la Bataille d’Angleterre en 1940, la Luftwaffe concentra sa force sur les villes britanniques, en vue de détruire les sites de production et de briser le moral du public par le Blitzkrieg. Outre Londres, d’autres villes stratégiques comme Kingston upon Hull, Liverpool, Birmingham, Sheffield, Southampton, Portsmouth, Glasgow et bien d’autres souffrirent terriblement avec un grand nombre de victimes civiles et de bâtiments détruits.

 

 Coventry après le raid de novembre 1940

  

Par une brillante nuit de clair de lune le 14 novembre 1940, la ville de Coventry subit l’une des attaques les plus concentrées de toutes les villes britanniques. Pendant 11 heures, plus de 500 bombardiers allemands larguèrent 30 000 incendiaires, 50 mines terrestres et plus de 500 tonnes de bombes hautement explosives. La dévastation fut immense. Un nouveau mot en allemand fut même inventé : “coventrieren” – pour raser une ville au sol.

  

La Grande-Bretagne était seule alors que les bombardements se poursuivaient et s’intensifiaient. Dans les premiers jours, les bombardiers de la RAF, largement obsolètes, lents et volant relativement bas, subirent de lourdes pertes et furent des cibles faciles pour les tirs antiaériens allemands et les chasseurs modernes. Leurs premières missions furent souvent du largage de prospectus dans une vaine tentative de persuader l’opinion allemande, mais alors que le développement de nouveaux types d’avions devenait disponible et que les villes britanniques continuaient d’être pilonnées, le Premier Ministre Winston Churchill appela au «bombardement de l’Allemagne jour et nuit » pour reprendre l’initiative sur le continent.

 

 

Air Marshal Sir Arthur T. Harris RAF

 

En février 1942, il nomma l’Air Marshal “Bomber” Harris pour entreprendre cette tâche et diriger les Forces de bombardement de la RAF en ramenant la guerre en Allemagne. Harris était déterminé à concentrer ses efforts, à prendre l’initiative et à donner aux Britanniques et aux peuples occupés d’Europe une certaine assurance que tout n’était pas perdu. Il fit cette célèbre déclaration:

«Les Nazis sont entrés dans cette guerre avec l’illusion plutôt puérile qu’ils allaient bombarder tous les autres et que personne n’allait les bombarder. À Rotterdam, Londres, Varsovie et une demi-centaine d’autres endroits, ils ont mis en œuvre leur théorie plutôt naïve. Ils ont semé le vent, et maintenant ils vont récolter la tempête.»

 

La pression publique en faveur d’une initiative reposait désormais sur les épaules de Harris, et le mois suivant il approuva un plan d’attaque concentrée sur la ville hanséatique de Lübeck sur la côte baltique. L’emplacement fut choisi en raison du parcours principalement au-dessus de la mer et des temps de vol des appareils disponibles à ce moment-là, et 234 bombardiers attaquèrent la ville pendant 2 heures, créant une tempête de feu qui détruisit une grande partie du centre médiéval, dont 3 églises.

 

La Cathédrale de Lübeck reçoit un coup direct – avril 1942

  

En réponse, le discours d’Hitler au Reichstag à l’Opéra de Kroll prévint que des attaques de représailles étaient en cours. « Cet homme (Churchill) ne gémira et ne pleurnichera plus car je suis maintenant obligé de donner une réponse qui apportera beaucoup de souffrance à son propre peuple. Désormais, je riposterai coup pour coup jusqu’à ce que ce criminel tombe et que son œuvre meure. »

 

La propagande nazie accusa la Grande-Bretagne d’attaquer des lieux historiques qui n’avaient aucune valeur stratégique, et leur réponse fut immédiate : « Nous allons bombarder tous les bâtiments de Grande-Bretagne marqués de trois étoiles dans le Baedeker Guide  » – le classique guide touristique allemand pour les lieux historiques à visiter.

 

 

Le guide d’information touristique Baedeker

 

Les premiers raids de représailles eurent lieu contre des villes côtières telles que Torquay, Bognor Regis, Swanage, Portland, Exmouth, Bexhill, Folkestone, Hastings, Lydd, Dungeness, Poling, Cowes et Newhaven. Ce qu’on allait bientôt appeler les “Raids Baedeker” commença en force neuf jours après le discours d’Hitler. Le premier fut Exeter le 23 avril, bien qu’un seul bombardier ait trouvé la ville. La nuit suivante, Exeter fut de nouveau attaquée. En 2 heures, environ 60 bombes, 2 000 incendiaires furent larguées, faisant 130 victimes et près de 6 000 maisons endommagées.

  

 

La ville d’Exeter avec la cathédrale en arrière-plan – 23 avril 1942

  

Le Bomber Command de la RAF attaqua ensuite Rostock, visant les usines d’avions Heinkel et Arado, mais causant également d’importants dégâts au centre-ville pendant quatre nuits consécutives. Les 25 et 26 avril, la ville romaine historique de Bath fut attaquée lors d’une série de raids intensifs tuant plus de 400 civils, et le lendemain les avions de la Luftwaffe, opérant désormais à partir de bases sur la côte néerlandaise, attaquèrent Norwich, faisant plus de 750 victimes.

 

 

La ville historique de Bath – avril 1942

 

 

La prochaine cible était York …..

 

 

L’immense cathédrale gothique Saint-Pierre à York – York Minster

  

La ville de York se trouve dans une grande plaine connue sous le nom de Vale of York, bordée par les North Yorkshire Moors au nord, les Yorkshire Wolds à l’est et les collines Howardian et Hambleton à l’ouest. Son passé militaire fut fondé par les Romains en 71 après JC sous le nom d’Eboracum, l’endroit où Constantin le Grand fut déclaré empereur pour la première fois en 306 après JC et plus tard, sous le nom de Yorvik, la ville devint la capitale viking de la Grande-Bretagne. Au 11ème siècle, deux mottes et châteaux forts furent construits par Guillaume le Conquérant enjambant la rivière Ouse qui coulait jusqu’au centre de la ville. Ce fut la deuxième capitale historique de l’Angleterre avec la plus grande cathédrale gothique d’Europe du Nord – l’archevêque de York possédant l’une des deux plus hautes fonctions de l’Église d’Angleterre.

 

29 avril 1942

 

Comme dans la plupart des villes et cités à travers la Grande-Bretagne, les précautions et les pratiques en cas de raid aérien avaient été appliquées assidûment depuis le début des hostilités en 1939. Le vaste et plat Vale of York abritait des dizaines de nouveaux aérodromes de la RAF, principalement pour les bombardiers, et la multitude de soldats et d’aviateurs venus du monde entier était un spectacle courant dans les rues et les bars. Bien qu’il y ait eu plus de 750 alertes, il ne s’était rien passé et peu de défenses antiaériennes furent installées. La ville estima qu’elle avait été largement oubliée par l’ennemi – mais tout était sur le point de changer.

 

 Les bombardiers «crayons volants» de la Luftwaffe Dornier Do17 en route vers une cible

  

À 2 h 36 le mercredi 29 avril 1942, environ 80 bombardiers de la Luftwaffe – Junkers 88, Dornier 17 et Heinkel III, volant à environ 320 kp/h furent observés à environ 50 km en mer au large de la côte nord-est en direction du nord. Leur cible était inconnue et c’était un stratagème habituel pour laisser deviner les défenses anglaises jusqu’à ce que, volant par paires ou seuls, ils se dirigent soudainement vers l’ouest et traversent la côte du Yorkshire à plusieurs endroits entre Flamborough Head et Whitby.

 

Les chasseurs de nuit de la RAF à travers la région patrouillaient déjà dans l’espace aérien comme mesure défensive normale, lorsque les guetteurs du Royal Observer Corps (ROC) observant le changement de cap des bombardiers déclenchèrent l’alarme en “violet”, ce qui activa toutes les bases de chasseurs de nuit de la RAF dans la région. Dans un premier temps, les observateurs ne purent pas identifier l’endroit exact vers lequel les assaillants se dirigeaient ni s’ils allaient à nouveau virer au nord vers les zones industrielles de Teesside, au sud du complexe de Leeds et du West Riding, ou à l’ouest en direction de Manchester et de Liverpool, mais leurs intentions devinrent bientôt claires. Le RADAR n’était encore utilisé que pour surveiller la mer et le système intégré ROC, largement répandu, de vigies civiles perchées sur les collines à la cime des arbres et au sommet de grands bâtiments, commença à scruter le ciel en écoutant le bourdonnement des bombardiers en approche.

  

 

Les volontaires du Royal Observer Corps identifient et obtiennent la direction, la vitesse et la hauteur des avions en approche à travers la Grande-Bretagne. Ils faisaient partie intégrante du système de défense aérienne britannique.

 

Les escadrons de chasse de nuit des bases aériennes du Yorkshire et du Lincolnshire étaient déjà en état d’alerte élevée alors qu’une quarantaine de bombardiers suivaient la rivière Ouse éclairée par la lune vers leur cible.

  

Alors qu’ils commençaient à arriver au-dessus de la ville, leur tactique initiale fut de larguer des incendiaires sur les toits des bâtiments pour déclencher des incendies et éclairer la cible avant que les explosifs ne soient largués. Pendant 90 minutes incroyables, des bombardiers encerclèrent la ville en identifiant leurs cibles et en larguant leurs bombes.

 

La gare fut une cible principale car York se trouvait sur la principale ligne de chemin de fer de la côte Est, à peu près à mi-chemin entre Londres et Edimbourg et c’était la route principale vers les ports de la Mer du nord pour l’équipement militaire approvisionnant la Russie et le front de l’Est – tout cela bien connu des planificateurs allemands dont l’armée menait actuellement une guerre d’usure contre les forces soviétiques qui avaient contre-attaqué et repoussé les Allemands pendant l’hiver 1941.

 

 

Le hall d’entrée principal de la gare de York après le raid.

  

Le train express en provenance de Kings Cross s’était arrêté à 2.53, rempli de soldats, et une bombe explosive de 100 kg s’écrasa directement sur le hall principal. Trois cheminots et un soldat inconnu réussirent à dégager les wagons et permirent à un locotracteur de tirer 14 wagons hors de la gare en feu, laissant six wagons encore en flammes. Un aiguilleur réquisitionna un autre locotracteur à vapeur et sortit, sur une autre voie, 20 autres voitures des flammes tandis que d’autres bombes frappaient les hangars à locomotives et les voies et installations environnantes.

 

 

Le hangar à locomotives Roundhouse de York subit de graves dégâts. Plusieurs locomotives à vapeur furent touchées, dont la célèbre A4 Pacific “Sir Ralph Wedgwood”.

 

Pendant ce temps des incendies brûlaient dans des centaines de bâtiments dans toute la ville tandis que les attaquants tournaient au-dessus sans encombre et que le flot de nouveaux bombardiers arrivant continuait d’ajouter à la destruction au-dessous.

 

L’aérodrome voisin de Clifton de la RAF, qui était une usine de réparation d’avions Handley Page, fut attaqué, causant des dommages et blessures considérables. La salle des gardes reçut un coup direct et plusieurs autres bâtiments furent détruits. Sept aviateurs furent tués et neuf blessés. Une bombe qui n’avait pas explosé tua plus tard un autre démineur le lendemain.

 

La ville abritait trois célèbres manufactures de cacao et sucreries (Rowntrees, Cravens & Terry’s) et l’un des entrepôts de stockage de Rowntrees au bord de la rivière avait déjà pris feu, l’énorme quantité de sucre stocké brûlant intensément dans le ciel nocturne.

  

L’Hôtel de Ville construit dans les années 1450 était, après l’attaque de son homologue londonien quelques mois plus tôt, désormais le plus ancien d’Angleterre. Entre ses murs avaient marché de nombreux noms célèbres à travers l’histoire, du roi Richard III à la reine Victoria et c’est ici que la célèbre rançon versée aux Écossais pour le roi Charles I fut comptée en 1647 à la fin de la guerre civile anglaise. L’ancien bâtiment revêtu de boiseries en chêne reçut des coups directs et fut bientôt englouti par les flammes.

 

 

Au bord de la rivière Ouse, l’Hôtel de Ville médiéval de York englouti dans les flammes.

 

Plusieurs avions de la RAF étaient déjà dans les airs surveillant le ciel. Cinq escadrons de chasse de nuit furent activés, dont le No.133 Squadron “Eagle” RAF, composé de pilotes américains qui avaient rejoint la RAF avant que les États-Unis n’entrent en guerre.

 

 

 

 

 

L’escadron n ° 253 (Hyderabad) RAF basé à Hibaldstow dans le Lincolnshire comprenait un certain nombre de pilotes Français Libres, et alors que les attaquants de la Luftwaffe approchaient de la ville, le lieutenant Beguin avait déjà décollé avec deux collègues britanniques et se dirigeait vers York. Environ 40 minutes plus tard, Yves Mahé décolla avec 5 autres chasseurs Hurricane et, apercevant la lueur du feu dans le ciel à 100 km au nord, il se précipita en direction de la ville.

  

 

Chasseur Hawker Hurricane Mk.II

 

Environ 10 minutes plus tard, il plongeait de 6000 pieds vers la ville à pleine vitesse (environ 650 km/h), quand immédiatement il engagea le combat avec un bombardier Ju88 et se rapprocha pour l’attaquer. Mahé attaqua en mitraillant de ses quatre canons de 20 mm, il cribla la queue et le fuselage du bombardier alors que son mitrailleur lui ripostait. Mahé poursuivit l’attaque. « Je lui ai fait goûter à sa propre médecine et son feu a cessé. », s’est-il exclamé plus tard. Le bombardier était en feu et, alors qu’il descendait en spirale, certains membres de l’équipage sautèrent en parachute, chacun heurtant malheureusement la queue du bombardier, bien que la plupart ait survécu, alors qu’il s’effondrait pour finalement s’écraser juste au sud de York.

  

 

Bombardier bimoteur Heinkel III

  

La vue du bombardier abattu et l’intervention de Mahé avec ses camarades conduisirent les autres bombardiers à commencer d’interrompre l’attaque, alors que Mahé tournait pour engager le combat avec un autre avion qu’il attaqua, le faisant soudainement plonger. Il perdit le contact avec lui, mais pendant l’attaque, il avait survolé de très près un autre bombardier Ju88 qui visait la principale fabrique de sucreries Rowntrees à l’est du centre-ville.

  

L’usine principale de Rowntrees dans la ville était immense et tandis que la fabrication d’aliments et de sucreries se poursuivait sur plusieurs niveaux au-dessus du sol, le vaste sous-sol était secrètement réservé aux munitions et explosifs.

  

Le pilote du bombardier de la Luftwaffe déclara plus tard qu’il « visait simplement la plus grande usine » lorsque soudainement Mahé apparut au-dessus de sa tête en mitraillant. L’Allemand cessa l’attaque, largua ses bombes sans discernement pour alléger la charge et s’enfuit. Si le bombardier avait atteint sa cible, on suppose que l’explosion des tonnes de munitions stockées aurait pu raser une grande partie du centre de la ville, y compris la célèbre cathédrale gothique.

  

 

Les bombardiers légers Junkers 88 les plus rapides, ainsi que les Dornier DO.17 étaient à l’avant-garde de l’attaque, suivis des Heinkels plus lents et plus lourds.

 

Après avoir poussé le moteur de son Hurricane au-dessus de sa limite maximale pendant l’attaque, l’avion de Mahé commença maintenant à faiblir et tomber en panne ; il vira et finalement réussit à atterrir à proximité sur la base RAF de Church Fenton alors que son moteur commençait à céder. Mais son intervention et celle de ses camarades pilotes de chasse eurent un effet considérable car les bombardiers commencèrent immédiatement à se disperser. Le bombardement s’arrêta, et alors que d’autres chasseurs de la RAF apparaissaient et attaquaient les flots de bombardiers, l’attaque sur York prit rapidement fin.

 

 

Carnet de bord du pilote Yves Mahé avec sa description de l’attaque

 

Des chasseurs de la RAF de diverses bases étaient déjà partis à la recherche des bombardiers, à la fois entrants et sortants, tout au long de leur parcours depuis la côte où ils les avaient rencontrés dans l’obscurité. Environ 5 bombardiers auraient été abattus et plusieurs gravement endommagés. Pendant ce temps, alors que l’aube commençait à poindre, la vieille ville commençait à faire les comptes.

 

 

District de Clifton à York – le lendemain

  

Au cours de la nuit, plus de 84 tonnes de bombes étaient tombées sur la ville. Il y eut plus de 300 victimes et au moins un tiers des bâtiments de la ville furent endommagés ou détruits, dont 9500 foyers, le fameux Hôtel de Ville médiéval et l’église St Martin-le-Grand dont la carcasse est à ce jour un mémorial permanent de ce raid – sa célèbre horloge restée bloquée à l’heure où l’église fut bombardée.

  

 

L’église Saint-Martin-le-Grand, rue Coney, fut ravagée par un incendie.

 

 

À l’école du Couvent de Bar, près de la gare, cinq religieuses furent tuées. Sept autres écoles furent également gravement endommagées.

  

 

Couvent de Bar, Nunnery Lane. De l’autre côté de la route, à droite se trouve la gare.

 

Plus de 1000 civils préposés aux raids aériens (ARP), pompiers, policiers, organisations médicales et volontaires travaillèrent toute la nuit pour éteindre les incendies, soigner les blessés, secourir les personnes dans le besoin et aider les survivants. Des exploits extraordinaires de bravoure personnelle ont eu lieu parmi la population civile et les services d’urgence. Certains ont donné leur vie pour aider les autres. L’enquête qui suivit résuma ainsi la situation : « ... sans hésitation, dans l’ensemble, les services et les citoyens se sont bien acquittés de leur tâche“.

 

 

 

Le quartier de Nunthorpe, York

 

Comme York n’avait pas été considérée comme une cible importante, les sirènes d’avertissement de raid aérien furent actionnées à partir d’un centre de contrôle à l’extérieur de la ville et ne retentirent que lorsque le raid était déjà bien en cours. Au moment où le signal «blanc» fut donné et les sirènes de raid aérien commencèrent leur long bourdonnement continu pour annoncer que le raid était terminé, cela faisait environ 2 heures que les premiers bombardiers étaient apparus au-dessus de la côte Est.

 

Le journal local Yorkshire Evening Press peu après le raid en 1942

 

À la suite du raid, les défenses de la ville furent considérablement augmentées, bien qu’aucun autre raid de quelque importance n’ait eu lieu pendant le reste de la guerre. Yves Mahé assista plus tard à une réception civique et reçut la médaille de la Liberté de la Ville par l’Honorable Lord Mayor lors d’une manifestation spéciale, et le drapeau tricolore français avec la Croix de Lorraine flotta au-dessus de l’Hôtel de ville. C’était la première fois qu’il avait abattu un avion ennemi, et le 11 mai 1943 il reçut la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre avec palme du Général de Gaulle. Plus tard, de Gaulle devait à nouveau le décorer comme Compagnon de l’Ordre de la Libération, décerné à seulement 1038 Français Libres.

  

         

Lettres du Général de Gaulle et du chef des Forces Aériennes Françaises Libres, Général Valin

 

 

En août, Yves fut transféré dans le célèbre escadron français Normandie-Niémen qui volait sur des chasseurs russes YAK 3 dans l’Armée de l’air soviétique sur le front de l’Est. Il fut abattu au-dessus de Smolensk, capturé par les Allemands en mai 1943. Après de nombreuses tentatives d’évasion, il fut condamné à mort le 15 août 1944 par un tribunal de la Luftwaffe à Dresde. Il tenta de s’échapper mais ne put sortir de l’enceinte de la prison. Avec l’aide de codétenus, il vécut secrètement à l’intérieur du camp de la prison pendant 9 mois, évitant de peu la capture à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le camp soit finalement libéré le 25 avril 1945. À sa libération, il fut détaché par les forces soviétiques comme colonel adjoint pour aider au rapatriement des Forces Françaises et, au mois d’août suivant, il retourna enfin en France.

 

Yves Mahé – l’insigne de l’escadron Normandie-Niemen est sur sa poche latérale gauche

  

Après la guerre, il continua à voler avec l’escadron Normandie de l’Armée de l’air française, devenant finalement son commandant en 1952 après avoir servi au Vietnam. En 1956, il prit le commandement de la 5e Escadre de Chasse basée à Orange. Il revint même une nouvelle fois dans le ciel anglais au-dessus de York lors d’échanges d’entraînement et fit ce commentaire : « Je connais bien le ciel anglais ! » Il fut promu lieutenant-colonel et affecté au Centre opérationnel de défense aérienne de la base 921 à Taverny, mais fut malheureusement tué le 29 mars 1962 dans un accident aérien alors qu’il volait sur un avion de chasse Gloster Meteor au-dessus de Boussu-en-Fagne en Belgique. Il fut enterré à Issy-les-Moulineaux, à côté de Paris. L’ancienne base aérienne, à 20 km de Paris, fut ensuite rebaptisée «Frères Mahé» du nom des deux frères.

Yves comptait plus de 730 heures de vol, dont 140 heures de combat.

Il avait 42 ans.

 

L’Étoffe des Légendes

Bernard Emié, Ambassadeur de France au Royaume-Uni – mai 2014.

 

 

La Plaque Bleue en face de St Martin-le-Grand dévoilée par l’Ambassadeur de France au Royaume-Uni, Son Excellence M. Bernard Emié le 2 mai 2014.

 

 

En 2012, les enfants de l’école St Wilfrid à York lancèrent un projet avec leur professeur Daniel Jones pour en savoir plus sur le raid. Les enfants par la suite écrivirent au maire de York, à l’occasion du 70e anniversaire du raid, en demandant qu’Yves Mahé ne soit pas oublié.

 

 

 

 

En coordination avec la York Civic Society et le Yorkshire Air Museum, une plaque bleue fut dévoilée sur le mur en face des restes de St Martin-le-Grand à Coney Street en 2014 par l’ambassadeur de France au Royaume-Uni, en hommage au jeune pilote français qui aida à mettre fin au Raid Baedeker sur York en 1942.

 

 

 Bernard Emié, (Ambassadeur de France au Royaume-Uni) à gauche, accompagné par Ian Reed (Directeur YAM & AAFM) et Dr Peter Addyman (York Civic Trust), avec des enfants de l’école St Wilfrid, York – 2 mai 2014.

 

 

 

Le drapeau français flottant au-dessus de York Minster pendant que la RAF rend hommage aux aviateurs français – Octobre 2011

 

 

29 avril 2021

Produit et écrit pour AFHG / GPFA par Ian Reed

Traduction française par Geneviève Monneris

Remerciements particuliers à M. Loïc Mahé

 

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Pour plus de détails sur le raid de York, nous recommandons ce site Web:

 https://www.militaryhistories.co.uk/york

 

 https://www.yorkpress.co.uk/news/11190858.french-ambassador-unveils-memorial-to-wartime-hero-pilot-yves-mahe/

 

Partie d’un documentaire de la BBC sur le raid sur York, que l’auteur a aidé à produire:

 https://youtu.be/LfPN2NYN6so

 

Appendix 1: 

L’enregistrement officiel de l’attaque de Mahé

I took off from Hibaldstow at 02:50hrs 29/4/42 in Hurricane IIc, vectored 345 degrees to York and orbit at 6,300 ft.

Whilst flying North at approximately 03:10h I sighted an E/A (enemy aircraft) which I believed to be a Ju.88 on my port beam and heading South at a distance of about 1000yds. I turned sharply towards him and gave chase but lost contact, partly owing to the fact that my windscreen was badly oiled. I came back to my position over York again, at the height assigned having reported my visual on R/T, at approximately 03:15hrs. I saw a small trail of flares dropping from about the same height as I was flying, slightly below. I proceeded with full throttle to the spot (going South West) and sighted the E/A at about 1,000 yds on my port side heading roughly S.S.E.

I gave “Tally Ho” and pulled the automatic boost cut-out, and at maximum revs and throttle dive-turned towards him, this bringing me approx 2000 ft below E/A, very slightly astern of his position. I then pulled up, therefore losing speed until I was sitting on his tail. Owing to my windscreen being oiled up I was rather in doubt as to whether it was a He.III or a Ju.88 (looking at his exhausts which were very bright and well spaced I first thought it to be 4 engined). I adjusted my sight quite definitely and delivered a 2 second burst and saw a big flash and start of fire in his starboard engine. E/A then went into steep spiral dive, I followed him down to 3,000ft where I lost contact. The flames had then gone out but the E/A was still diving down, at least 300 mph.

As soon as I had fired I informed “Alarm” that he was going down. Their fix approximates to the position Ju.88 was found. I informed “Alarm” that I was going back to position. Whilst in obit slightly N.W. of York a few minutes after reaching 6,300ft I saw a stick of bombs falling East of York, by their direction I assumed the E/A to be flying N. to E.  I cut across York full out, having actually seen the 6 bombs in mid air giving away the E/A’s position. I obtained visual at approximately 1,500 yds at barely 03:25 hrs, thought to be He.III, I gave chase. I gave “Tally Ho”. E/A being slightly on my port going roughly east. Having jettisoned his bombs he was going fairly fast, as I pulled the emergency boost cut-out again, and dived down to catch him up reaching a position about 2,000 ft blow and pulling up to sit on his tail, as in the previous combat. Approaching to about 70 yds, after careful aiming, I opened fire with 2 second burst dead astern, observing strikes on the E/A, seeing pieces fly off. My windscreen being still oiled up, it was impossible to observe what parts flew off, but I did think it was something on E/A’s starboard side. I pulled up, being blinded temporarily by the explosion of my shells on E/A at short range. E/A immediately peeled off to my port very sharply as I observed what I thought to be a few tracers, (but may have been pieces still flying off E/A). E/A was then in vertical dive sliding from side to side. I followed down giving another burst of about 1 second, slight deflection. E/A’s dive was very fast and I had to push the stick with 2 hands to follow. At 1,500, I closed still in steep dive to about 100 yds of E/A and gave him another 2 to 3 second burst from astern and I was again blinded by the strikes on the E/A, and as I was near the ground I pulled up, I pulled up losing contact. E/A was then going East still in fairly steep dive. This chase brought us well East of York, at least 15 to 20 miles having engaged the E/A at about 6,500ft and going down with him to 1,000ft my A.S.I. was about 400mph. I turned back towards York gaining height, then being called up by “Alarm”, I answered “OK” returning to position and reported that I had had 3 bursts at E/A and lost contact. I then looked at my instruments and as my oil pressure was showing zero, and oil temperature 110 degrees I asked for nearest base and landed at Church Fenton at 03:40 hrs. Both combats took place with moon behind me making definite identification difficult, and was also very surprised not to have been fired at when approaching.

I claim the Ju.88 as destroyed and the He.III as damaged or probably destroyed being fully convinced that the He.III could not have reached home.

 

(signed) Y.Mahé

7th May 1942                   

 

 

 

 

 

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